lundi 25 juin 2012

LA CHRISMATION


Celui qui nous affermit avec vous en Christ et qui nous donne l’onction,
c’est Dieu, Lui qui nous a marqués de Son sceau
et a mis dans nos cœurs les arrhes de l’Esprit.
(2 Co 1,21-22)


Le sacrement du Baptême, purificateur, est suivi du sacrement de la Chrismation, dispensateur de grâces : principalement, le Baptême purifie l’homme et la Chrismation le fortifie dans la foi. Ce sacrement le prépare à accueillir les grâces régénératrices de l’Esprit Saint ; recevant les grâces divines, l’homme se fortifie dans son âme et, se ceignant de boucliers et d’armures invisibles, il s’arme de toutes les façons pour lutter contre les attaques du mal.
Le livre des Actes des Apôtres témoigne de l’imposition des mains pratiquée par les apôtres sur ceux qui étaient baptisés (Actes 8,16-18), ces derniers recevant ainsi les dons de l’Esprit Saint. Cependant, lorsque la foule des croyants continua de s’accroître et que les communautés chrétiennes s’élargirent et se disséminèrent dans le monde entier, il fut désormais impossible aux apôtres d’imposer personnellement les mains sur chaque baptisé. Afin toutefois de ne pas les priver des dons vivifiants de l’Esprit Saint, les apôtres remplacèrent l’imposition des mains par l’onction d’huile, instaurant le sacrement de la chrismation. Ils décidèrent aussi que l’onction serait accomplie par les anciens des communautés, qui exerçaient la présidence de l’assemblée, les évêques.
L’onction d’huile était déjà pratiquée au temps de l’Ancienne Alliance ; cependant, elle n’a reçu sa pleine signification et toute sa valeur sanctifiante que par l’Incarnation de Jésus, et la venue en ce monde de l’Oint de Dieu. La Chrismation, en résumé, représente la descente de l’Esprit Saint sur les baptisés.


L’élément de la Chrismation

Le sacrement de la Chrismation est accompli au moyen de l’huile consacrée, le saint chrême, ou muron.  « Muron » est un terme grec qui signifie : « huile odoriférante ». Son composant principal est l’huile d’olive, à laquelle sont mélangées plus de quarante essences parfumées, dont le baume. Dans notre Eglise, le droit de bénir le saint chrême revient au Catholicos. La signification théologique du saint chrême est exprimée dans la prière de sa bénédiction, et particulièrement dans le passage suivant :
« Aussi, Toi-même, Seigneur notre Dieu,
Te penchant sur les prières de tes serviteurs, envoie Ton abondante
 miséricorde
sur le fruit de cet olivier
que Tu as donné pour l’usage
 et le salut de la race humaine,
et fais habiter en nous les grâces de Ton Esprit Saint et Bienfaiteur, pour notre participation
à Tes saints mystères
et pour leur accomplissement… »


Déroulement de la Chrismation

Les rites du Baptême et de la Chrismation se déroulent conjointement, afin qu’après la purification du Baptême, nous recevions immédiatement les grâces divines. L’Eglise a lié les sacrements du Baptême et de la Chrismation pour se conformer à l’exemple du Christ. Lorsque Il sortit de l’eau après avoir été baptisé par Jean le Baptiste dans le Jourdain, l’Esprit Saint descendit sur Lui sous la forme d’une colombe, et une voix qui venait du ciel se fit entendre: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en Qui j’ai mis tout Mon amour » (Mat. 3,17). De même, lorsque saint Grégoire l’Illuminateur baptisa la nation arménienne dans les eaux du fleuve Aradzan, affluent de l’Euphrate, il l’oignit aussi de saint chrême, comme en témoigne Agathange (Agathange 118).
Le sacrement de la Chrismation est désigné dans l’Eglise Arménienne par deux termes « empreinte, marque» (Drochm) et «imposition du sceau » (Knounk), car les cinq sens du baptisé et les parties de son corps correspondantes reçoivent le sceau divin qui s’inscrit ainsi dans tout son être en y apposant son empreinte.
 De son doigt trempé dans le saint chrême pour l’offrir au baptisé, le prêtre oint notre front en disant : « Que l’huile suave, versée sur toi au nom de Jésus Christ, soit le sceau des dons célestes incorruptibles. » Puis, faisant glisser sa main sur nos yeux, il dit : «  Que ce sceau apposé sur toi au nom de Jésus Christ illumine tes yeux, afin que tu ne t’endormes jamais dans la mort. » Puis il oint les oreilles du baptisé en disant : « Que cette sainte onction te donne d’écouter les commandements de Dieu. » Puis vient le tour de l’organe olfactif : « Que ce sceau apposé au nom de Jésus Christ te soit le parfum de bonne odeur, qui te conduira de la vie à la vie. » Succèdent les lèvres : « Que ce sceau apposé au nom de Jésus Christ soit la garde de ta bouche et la porte fortifiée de tes lèvres. » Puis les mains reçoivent le sceau : « Que le sceau apposé sur toi au nom de Jésus Christ soit la source de tout le bien que tu feras et qu’il te confère les vertus nécessaires pour une conduite vertueuse autant que possible » La poitrine, près du cœur, est ensuite ointe : « Que le sceau divin établisse en toi un cœur saint et renouvelle en toi un esprit de droiture. » Les paroles suivantes accompagnent l’onction du dos : « Que le sceau apposé au nom de Jésus Christ te soit un ferme bouclier, grâce auquel tu pourras éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais. » Les pieds sont oints en dernier lieu : « Que ce sceau divin dirige ta marche vers la vie éternelle, afin que jamais tu ne trébuches. »
 La Chrismation, qui porte aussi en français le nom de Confirmation, est donc le sacrement donné à l’homme pour le confirmer dans la vie chrétienne, le fortifier et l’affermir. L’homme est établi en Dieu, devenant temple de l’Esprit Saint et héritier du royaume céleste.


RESUME

Le sceau conféré au baptisé par le prêtre qui appose sur lui le signe de la croix en l’oignant de saint chrême est unique et irremplaçable. Il nous apprend à redonner toute leur valeur à chacun des organes de notre corps. Si nous nous efforçons de veiller de façon particulière sur chacun d’eux, nous parviendrons mieux à nous garder de toute souillure. Une des prières de saint Ephrem l’Assyrien, connu en français sous le nom de saint Ephrem de Nisibe, nous le rappelle avec force :  « Seigneur, fais taire toute calomnie en mes lèvres, toute parole mauvaise en ma langue, tout regard fourbe en mes yeux, toute réjouissance à l’annonce du mal en mes oreilles, toute usurpation en mes mains, et toute marche vers la débauche en mes pieds. Elève un rempart autour de chacun de mes membres, rends-les sages et avisés, afin qu’ils accomplissent toujours ce qui T’est agréable. »
Le sacrement de la Chrismation du catéchumène nouvellement venu à la vie chrétienne est sa pentecôte ; et, de même que la Pentecôte, la venue de l’Esprit, prit la forme de langues de feu sur les apôtres, ainsi, ce mystère se présente aujourd’hui à nous au moyen de l’huile parfumée du saint chrême. Le sacrement de la Chrismation ne peut être reçu qu’une fois, comme celui du baptême.
Après les deux sacrements du Baptême et de la Chrismation, le prêtre chargé d’administrer le rite nous convie à accueillir un autre des sept sacrements de l’Eglise : le sacrement de l’Eucharistie.
Ainsi, avec le sacrement de la Chrismation, l’homme reçoit les sceaux divins de la vie nouvelle, les signes de l’accueil de l’Esprit Saint. Et ce n’est qu’après avoir été chrismé qu’il devient chrétien, et étant offert à l’Esprit Saint, il est adopté comme fils par Dieu le Père.
Après cette onction dispensatrice de félicité, dont veulent avec empressement être reconnus dignes les dirigeants de ce monde, il est impossible de désirer les parfums qui ne procurent qu’une bonne odeur, mais seulement celui-ci qui te sera, dit le prêtre, «  un parfum de bonne odeur, qui te conduira de la vie à la vie. »

P a i x   à   t o i ,   s a u v é   d e   D i e u
P a i x   à    t o i ,   o i n t   d e   D i e u