samedi 26 mai 2012

UN SACRILÈGE À NICE



« S’il arrive qu’un prêtre ou un diacre déposé par son évêque [continue] d’exercer son ministère, il ne pourra plus avoir aucun espoir d’être rétabli dans son rang. De même, ceux qui communient avec lui seront tous repoussés de l’Église, surtout, si étant informés de la sentence portée contre le prêtre ou le diacre [en question], ils osent communier avec lui. ». C’est à la lumière de cet antique canon du concile d’Antioche (328) – adopté par l’Église arménienne dès le Ve siècle – qu’il convient d’appréhender le volet de la crise de Nice que nous souhaitons ici évoquer.

Un certain Rouben Calstyan, venu de Moscou, invité par on ne sait qui, célèbre sans désemparer des messes invalides sur l’autel de l’église arménienne la Très Sainte Mère de Dieu de Nice, alors même qu’il a été demis de sa prêtrise par les autorités religieuses compétentes. En agissant ainsi, il profane la sainte Eucharistie. Certains fidèles, du fait de leur ignorance, non seulement ne protestent pas contre cet acte sacrilège, mais bien plus, ils y prennent part. Porté par le vice et l’égarement, ce faux prêtre a en effet réussi à tromper ces fidèles en leur faisant croire que son ordination et son onction sacerdotale étaient indélébiles.

Mais, rien n’est plus faux, car si, en effet, une onction ne peut plus jamais être effacée, l’ensemble des fonctions qui sont attachées à l’ordination peuvent être retirées à celui qui s’en montre indigne par la hiérarchie ecclésiastique. Il s’agit là d’un des plus anciens principes de l’Église sans lequel plus aucune organisation ecclésiastique ne saurait exister. Part conséquent, tout prêtre ou diacre ayant commis une faute grave peut être déposé par son évêque, sous le contrôle du Catholicos. Dès lors, son onction ne représente plus pour lui un don l’autorisant à exercice son ministère, mais elle apparait plutôt comme une cicatrice qui montre à tous l’ampleur de ses péchés.

Certains fidèles, bien qu’ayant été baptisés dans l’Église arménienne et ayant reçu le saint chrême consacré à Etchmiadzine, n’hésitent pas à affirmer que violer les saints canons de l’Église en communiant avec un prêtre dégradé de son rang, n’est en rien blâmable. Selon eux, agir ainsi ne  serait pas plus grave pour un fidèle que de se rendre à une fête organisée par un ami appartenant à une autre religion. Ces propos irresponsables illustrent l’ignorance profonde de ces personnes des principes fondamentaux qui guident l’Église dont elles sont censées faire partie. Comment peuvent-elles comparer un acte exceptionnel à caractère amical avec une pratique confessionnelle régulière au sein de leur propre Église. La confusion de ces deux faits si différents montre que la conscience des ces malheureux est tombée plus bas que terre.
Le rappel de ces principes à certains fidèles niçois ne constitue pas un acte d’autorité de notre part. Comme le grand Basile de Césarée le proclamait lui-même dans ses prières,  le rôle premier du bon pasteur est d’éviter à ses brebis que la colère divine ne s’abatte sur elles en raison de leurs péchés, et que leur propre sang ne retombe alors sur leur tête.

Enfants de l’Église arménienne, ne mettez pas en péril votre salut éternel en devenant les instruments naïfs et dociles de quelques individus sans foi ni loi qui ne travaillent qu’à assouvir leurs misérables ambitions personnelles.

Archevêque Norvan Zakarian
Paris, le 26 mai 2012