mercredi 16 mai 2012

UN PEU D'HISTOIRE


COMMUNIQUE DU CONSEIL DIOCESAIN DE L’EGLISE APOSTOLIQUE ARMENIENNE DE FRANCE


   Un certain nombre de communiqués et d’articles paru dernièrement, tels ceux de l’ancien Conseil de la Paroisse de Nice, du groupe de réflexion conduit par Jacques Panossian, ainsi que ceux d’Armand Sammelian, interpellent nombre de responsables et de fidèles de l’Église Apostolique Arménienne.
   Ces effusions auxquelles s’adonnent depuis longtemps et régulièrement les détracteurs de la construction diocésaine, aussi accusatrices soient-elles, n’ont cependant convaincu personne, malgré les coups de boutoir d’une provocation incessante, malgré la violence des mots employés, malgré les contre - vérités et autres amalgames douteux utilisés.
    Alors pourquoi s’opposer avec tant d’acharnement à la nécessité de réhabiliter les principes simples d’organisation de notre institution ecclésiale ?
   Notre Église serait-elle menacée, comme l’affirment de nombreux écrits, par des conflits d’intérêts, par un passage en force des religieux ? Serait- Elle victime d’un complot et de mise sous tutelle des instances dirigeantes par une hiérarchie religieuse qui tendrait à « museler le peuple » ?
   Le Principe de Laïcité serait-il annihilé par une Église Apostolique Arménienne qui se voudrait hégémonique au sein de notre Communauté aux fins d’instaurer un « communautarisme confessionnel » ?
   Les lois de la République seraient-elles bafouées par le simple fait que notre Église veuille se structurer et s’organiser afin de mieux préparer l’avenir de nos paroisses en Diaspora ?
   La controverse se fonde sur des arguments qui ne relèvent que de la confusion, de la désinformation et du procès d’intention, arguments sur lesquels le Conseil diocésain de l’Église Apostolique Arménienne de France tient à apporter ici les précisions qui s’imposent.

L’argument démocratique et la place des laïcs :


   Très loin du modèle traditionnel d’organisation diocésaine qui impose un centralisme autoritaire, le Diocèse de France a adopté le principe d’une Union où chacune des associations cultuelles fondatrices garde une souveraineté relative dans un espace commun de réflexion, d’action mais aussi de décision.
   Il est curieux que les artisans de la controverse oublient ce volet de l’organisation diocésaine qui permet, dans le cadre des statuts, à chacune des paroisses de s’exprimer et d’être acteur dans la décision.
Signe de la prépondérance des laïcs dans le processus décisionnel de la paroisse, le prêtre, entouré d’au moins 6 laïcs, n’a pas le droit de vote au sein du Conseil paroissial.
   De même, l’Assemblée des Délégués diocésains, organe législatif et représentatif des paroisses, comprend 39 laïcs et 18 religieux.
   Enfin, le Conseil diocésain, organe exécutif, se compose de 9 laïcs et de seulement 2 religieux ! Il est dommage, et significatif, que l’opposition à cette organisation ait cru bon d’occulter ces faits.


Le complot de la hiérarchie religieuse :


   La théorie du complot des « hiérarques », évoqué en de nombreuses reprises, se montre digne des meilleurs romans conspirassionnistes où l’on dénonce avec force les hypothétiques manigances, où l’on fustige et accuse sans raison plausible ! Dans un tel scénario, on brandit comme épouvantail un guide des futurs statuts comme porteur de tous les maux ! Ce guide s’inscrit dans une stratégie globale de construction de notre Église au niveau mondial. Il n’y a rien de nouveau, quand on sait qu’il était déjà en cours de préparation alors même que notre Diocèse prenait naissance. Ce guide exprime la volonté du Saint Siège d’Etchmiadzine d’organiser et d’harmoniser nos structures ecclésiales existantes d’une part, mais aussi d’autre part, de définir un cadre pour la création de nouveaux diocèses et paroisses dans tous les pays où nos communautés de fidèles sont présentes. On comprendra alors aisément qu’un tel guide s’avère incontournable pour établir les bases communes de l’édification de notre Eglise à travers le monde, dans un respect plus strict de sa Tradition et sa mission. Pourquoi alors condamner et interpréter avec autant de véhémence ces textes ? En ce qui concerne la France, toute modification statutaire, comme l’imposent nos statuts, sera soumise à l’approbation d’une Assemblée générale extraordinaire des Délégués diocésains, représentation du Diocèse et émanation directe de toutes nos paroisses, assemblée qui adoptera en dernière lecture les modifications proposées. Au-delà de ceux qui dénoncent un diktat clérical, les changements éventuels se réaliseront par une procédure démocratique que seule notre Église est capable d’offrir à ses serviteurs.
   La théorie du complot accusant notre hiérarchie religieuse des pires calculs n’a aucun fondement. Elle révèle hélas un fondamentalisme laïque. Ce même fondamentalisme laïque qui veut renvoyer, au sein même de notre Église, le rôle des prêtres au rang de serviteurs subalternes, simples salariés aux ordres de laïcs tout puissants ! Pourtant, l’affirmation de l’Autorité spirituelle dans tous les rouages de l’Institution et la confirmation par ses soins de toutes les initiatives, la consolidation d’organes décisionnels, même si elle doit nuancer la souveraineté des paroisses, la revalorisation du statut du prêtre et de ses prérogatives, sont autant de paramètres objectifs définissant l’Institution ecclésiale qui auraient dû être acceptés en conscience. Concernant la place du prêtre, nos statuts diocésains décrivent une complémentarité juste et objective des missions spirituelles et temporelles et un partage strict des « pouvoirs » mais aussi des responsabilités. Les prêtres occupent ainsi une présidence ex-officio, c’est-à-dire « résultant de sa fonction spirituelle et limitée à elle », et les laïcs une présidence « exécutive » c’est-à-dire portant sur l’ensemble des opérations relatives au bon fonctionnement de l’église. A chacune selon ses attributs, droits et devoirs.

La laïcité et le communautarisme confessionnel :


   Tout se complique encore plus lorsque les détracteurs de l’Église Apostolique Arménienne veulent y introduire ou y conserver une dose de « laïcité ». Mais encore faut-il se souvenir que le principe de laïcité tel qu’il est entendu en France n’est établi que pour réguler les rapports de l’Etat et du citoyen en tant que croyant et ne concerne en aucun cas le fonctionnement interne des Églises. Ce principe protège la liberté de conscience et de religion de chacun tout en permettant la protection de l’espace public. Pour ce faire, la République offre à chacune des représentations religieuses présentes sur le territoire français le cadre juridique de son existence institutionnelle dans le respect formel du modèle républicain. Lorsque l’Etat français prend acte des statuts et des termes de l’organisation du Diocèse de France, il reconnaît l’Église apostolique arménienne dans notre société, reconnaissance juridique autant que cultuelle, morale et même culturelle. Aussi, vouloir transposer l’idée de Laïcité dans le fonctionnement interne de notre Église n’a aucun sens, puisque cette idée ne s’applique qu’aux rapports entre les Églises et l’Etat.
   On accuse en outre notre Eglise de vouloir instaurer une sorte de « communautarisme confessionnel » dans la Communauté arménienne de France afin de gommer sa diversité. Cet argument, dont on martèle les esprits, est infondé. En effet, à la différence du modèle ottoman d’organisation communautaire, notre Eglise de France constitue une communauté chrétienne dont les prérogatives, par définition et dans les faits, ne peuvent s’adresser qu’à ses enfants qu’elle a baptisés selon son rite ainsi qu’à ceux qui La reconnaissent comme une composante essentielle de notre identité.
   Depuis de nombreuses années, alors que l’organisation diocésaine se mettait en place, le simple fait de vouloir réhabiliter l’Autorité spirituelle de notre Saint Siège, si longtemps dénigrée et bafouée en France et en Europe, la moindre volonté de donner sa juste place au ministre du culte au sein même de son église, ont engendré une réaction violente et injustifiée. Comme s’il était naturel de défendre son Église en faisant preuve d’un anticléricalisme primaire, au nom duquel le clergé n’aurait pas son mot à dire dans la maison de Dieu où il exerce son sacerdoce. Etrange conception de la mission du religieux, qui loin d’être placé au rang de guide spirituel et porteur d’une Tradition, n’est dans la vision de ces détracteurs, qu’un simple prestataire de service à la solde d’une société d’actionnaires. Il apparaît que la démarche de la poignée des pseudo - défenseurs de l’Eglise apostolique arménienne ne se résume, hélas, qu’à cette vision tristement mercantiliste de la foi !

La crise de la Paroisse de Nice


   Le communiqué de l’ancien Conseil paroissial de Nice en date du 18 mai expose les épisodes tragiques de la crise grave qu’a traversé et que traverse encore cette paroisse. Il insiste sur la responsabilité du Diocèse de France dans le non règlement du conflit et exprime une fois de plus une hostilité sur des questions de fond soulevées par la structuration de notre Église.
   Ce communiqué laisse penser, en outre, que leur opposition au Diocèse est seulement liée à la façon dont les instances dirigeantes de notre Église ont géré les problèmes générés par les évènements de 2010.
   Quelques précisions semblent cependant nécessaires sur la genèse d’une opposition regrettable qui perdure depuis nombre d’années et que ces évènements n’ont fait qu’exacerber.
   La version manichéenne exposée par les signataires de ce communiqué, se décrivant volontiers comme les chevaliers blancs de la Tradition de notre Église et les seuls serviteurs conscients de son salut, ne correspond pas à la réalité d’un microcosme niçois plus attaché à sa souveraineté qu’à l’intérêt supérieur de notre Église.
   Personne n’a oublié que la fronde a commencé dès l’annonce du projet diocésain en 2004 et que déjà, dès le temps de préparation d’un chantier qui s’ouvrait à l’ensemble des forces vives de notre Église, le Conseil paroissial de Nice montrait des signes de désaccord profond.
   Nous gardons en mémoire la campagne sévère menée contre le Diocèse de France dès 2004 et cet article d’Armand Sammelian intitulé « le pactole », qui inaugurera la série de ces exercices de style que le porte-parole inattendu de cette opposition aura cru bon d’écrire.
   Nous gardons en mémoire les déclarations du « Comité Avaraïr » composé d’anonymes qui ne devraient avoir que des regrets à la lecture de leurs extravagances diffusées des semaines entières sur la toile !
  Nous gardons en mémoire cette Assemblée générale de l’association cultuelle de Nice du 26 février 2006 où l’on interdira aux religieux présents de prononcer la prière rituelle d’ouverture, le fondamentalisme laïc produisant ici tous ses effets !
   Suivront d’autres attitudes impensables, d’autres communiqués, d’autres articles et correspondances adressées par avocat interposé, autant de débordements qui plongeront dans une confusion plus grande encore les responsables niçois.
   Suivra la crise de la paroisse de Nice, largement décrite dans le communiqué, où l’on omet de dire, sans doute à dessein , que le Diocèse de France a toujours prôné la conciliation et apporté à maintes reprises des propositions concrètes pour une solution du conflit . Nous rappellerons les efforts déployés et les courriers, notamment ceux du 7 janvier et 27 janvier 2010 émanant du Conseil diocésain, dont les propositions, si elles avaient été prises en considération, auraient grandement contribué à changer le cours de l’histoire.
   Le Diocèse de France a condamné sans hésiter les violences et les exactions commises et a pris acte de la nécessité d’éloignement du prêtre.
   Mais hélas, les responsables de la Paroisse de Nice ont jugé bon de rejeter toutes les initiatives des instances dirigeantes et valider ainsi l’échec d’une médiation pourtant indispensable !
   Suivra la lettre ouverte de l’Association cultuelle de Nice , co-signée par le Conseil Communautaire Arménien de la Côte d’Azur en date du 19 avril 2010, où , sur fond de conflit interne au sein de leur paroisse, l’Église Apostolique arménienne de France est mise au banc des accusés et dénoncée dans « sa dérive communautariste » !?
   Une lettre où l’on peut lire, entre autres : « Nous ne laisserons pas la Diaspora de France basculer dans un communautarisme rétrograde marqué par un intégrisme à caractère ultra religieux dramatiquement dommageable pour notre image et notre combat pour la reconnaissance universelle du génocide » !?...
Cette correspondance est adressée au Président de la République, au Ministre de l’Intérieur, au Ministre de l’Industrie et Maire de Nice, au Ministre en charge de la relance, au Préfet des Alpes Maritimes, à l’Evêque de l’Église catholique de Nice, au Président du CCAF , à tous les Députés, Sénateurs et Maires des Alpes Maritimes, à la presse...
   Un acte incompréhensible et grave.
  Une démarche désastreuse qui allait rompre la volonté de dialogue du Diocèse de France. En d’autres lieux, elle aurait largement justifié l’excommunication de ses signataires. Elle justifiera la Décision primatiale proclamée le 19 mai 2010, décision approuvée auparavant par l’Assemblée générale des Délégués diocésains réunie le 8 Mai à Lyon.
  Depuis, l’ancien Conseil paroissial de Nice, malgré les appels répétés à la raison, a préféré se tourner vers le Tribunal administratif de Nice, plutôt que de faire enfin confiance aux responsables de notre Église.
   L’assignation déposée par le Diocèse de France n’est qu’une réponse légitime à une provocation délibérée de plus.
   Le communiqué se termine en posant 3 questions concernant le volet statutaire de l’organisation diocésaine.
   Leur formulation traduit la volonté persistante des responsables niçois à n’envisager la vie paroissiale qu’en autarcie et expriment, une fois de plus, leur difficulté regrettable à différencier l’Institution ecclésiale d’une quelconque association.
  Au-delà des exigences lancées dans ce communiqué, le moment est sans doute venu de prendre en considération les véritables problèmes qui touchent notre Eglise et de cesser d’organiser une opposition stérile alors que la construction diocésaine et le renforcement de notre Eglise restent plus que jamais nécessaires.

Le Conseil diocésain de l’Église Apostolique Arménienne de France.
Le 11 juin 2011