mercredi 9 mai 2012

ORIGINE DE L’EGLISE ARMÉNIENNE


   Les faits qui se rapportent aux origines de chaque église se cachent sous un voile impénétrable ; ils échappent à nos investigations par l’absence de documents propres à nous éclairer sur les actes de premiers apôtres et sur l’action apostolique en général. L’église romaine, qui, à cet égard, s’est trouvée dans une situation plus favorable, du fait même qu’elle a pris naissance dans la capitale de l’empire, se trouve aux prises avec les mêmes difficultés, quand il s’agit de prouver le séjour de saint Pierre à Rome. Et pourtant, c’est là, pour elle, un fait essentiel ; car il sert de base à tout son système. Faute de mieux, l’histoire ecclésiastique se contente de preuves de grande probabilité, de raisonnements basés sur la tradition et les faits continués. Il suffit que l’ensemble des présomptions ne soit pas en opposition avec les données positives et avérées de l’histoire. On ne saurait demander rien de plus à l’église arménienne pour justifier ses origines.
   La tradition primitive et constante de cette église reconnaît pour premiers fondateurs les apôtres Saint Thadée et saint Barthélémy, qu’elle nomme, par antonomase, les Premiers Illuminateurs de l’Arménie. Elle garde leurs tombeaux vénérés dans les anciens sanctuaires d’Ardaze (Magou) et d’Albac (Baschkalé) situés au sud-est de l’Arménie. Toutes les églises chrétiennes sont unanimes à reconnaître dans la tradition concernant saint Barthélémy, ses courses apostoliques, sa prédication et son martyre en Arménie. Le nom d’Albanus, qu’elle donnent au lieu où s’accomplit son martyre, se confond avec celui d’Albacus, consacré par la tradition arménienne. Quant à saint Thaddée, les traditions varient. Celle qui reconnaît en lui un Thadée Dydimus, frère de l’apôtre saint Thomas, et suivant laquelle il se serait rendu à Ardaze par Edesse, reste ignorée chez les Grecs et les Latins. Quant à la tradition syrienne, qui croit à l’existence d’un Thadée Dydimus, elle est incertaine en ce qui concerne son voyage d’Edesse à Ardaze ; mais, à examiner d’un peu près cette incertitude, on décèle dans le texte des réticences, qui semblent voulues, et même un anachronisme, qui ferait reculer l’événement au deuxième siècle de l’ère chrétienne. Toutefois, sans vouloir trop insister sur la valeur de cette tradition. Toutefois, sans vouloir trop insister sur la valeur de cette tradition, nous ferons remarquer que le nom de Thadée ne saurait être écarté ; car on peut invoquer une seconde tradition, selon laquelle l’évangélisation de l’Arménie serait l’oeuvre de l’apôtre saint Judas-Thadée, surnommée Lebée. Cette circonstance, admise par les églises grecque et latine et reconnue par les écrivains arméniens comme plus conforme à la vérité historique, vient confirmer d’une manière générale la tradition, ainsi que l’authenticité du sanctuaire d’Ardaze. 
   Le caractère d’Apostolicité, auquel a prétendu de tout temps l’église arménienne, et qu’elle a proclamé dans ses actes officiels, atteste d’une part l’origine ancienne et primitive, et de l’autre une origine directe et autocéphale, sans l’intermédiaire d’une autre église.
   L’origine apostolique, requise pour toute église chrétienne, afin de se mettre en union avec son Divin Fondateur, est réputée directe, quand elle remonte à l’oeuvre personnelle d’un apôtre ; elle est indirecte, quand elle dérive d’une église de fondation originairement apostolique. L’église arménienne peut à bon droit se réclamer d’une origine directement apostolique. La chronologie généralement adoptée attribue à la mission de saint Thadée une durée de huit ans (35-43), et à celle de saint Barthélémy une durée de seize ans (44-60). Nous jugeons inutile d’entrer ici dans les détail relatifs aux questions de dates et de lieux, lesquelles induisent souvent en discussions sans issue. L’origine apostolique de l’église arménienne constitue donc un fait irrécusable dans l’histoire ecclésiastique. Et si la tradition et les sources historiques qui la consacrent, peuvent donner lieu à des observations critiques, celles-ci ne sont pas plus fortes que les difficultés des autres église apostoliques, lesquelles sont universellement admises comme telles.


Monseigneur Malachia ORMANIAN (1841 - 1918)